Τρίτη, 2 Νοεμβρίου 2010

ΤΕΣΣΕΡΑ ΠΟΙΗΜΑΤΑ ΤΟΥ Γ.ΧΡΙΣΤΔΟΥΛΙΔΗ ΣΤΑ ΓΑΛΛΙΚΑ

Né à Moscou en 1968, il a fait des études de journalisme dans cette même ville et travaille actuellement à Chypre. Il a publié quatre recueils de poèmes, dont deux ont reçu un prix d'État. Il est déjà traduit en plusieurs langues.

L'IRRÉALISABLE


Toute cette pluie qui n'est pas tombée
de l'hésitation des nuages
le ciel était noir
en mal d'enfant
voulant pleuvoir beaucoup d'eau
ne pleuvant pas.
L'hésitation mur invisible
plus tu montes
plus elle est haute
sur elle se brisent
de hautes vagues
d'amour prisonnier
de l'inavoué
tout aussi habilement elle dissuade
des vies desséchées de pleuvoir
qui titubent
aux confins
de la terre et de la mer.
Que devient tout
ce qui n'est pas devenu ?
m'as-tu demandé.
Je suppose que tout s'amasse dans les barrages
du rêve d'où cela s'écoule
dans un futur assoiffé
dont les affluents s'étendent
et se perdent au-delà des cartes
pour arroser goutte à goutte
l'irréalisable.



PETIT ENFANT AU FOND DE L'AVENIR

Tu me tenais serré autrefois
entre tes bras
que je ne m'enfonce pas dans la mer
ne trébuche pas dans l'escalier
(les chiens étaient en dessous)
que je ne me fatigue pas trop
tu marchais dans la nuit en aveugle
il n'y a que le temps violent
qui m'a emporté
puis laissé tout au fond de l'avenir
et empêché de grandir
dont tu ne m'aies pas protégé
et maintenant
que j'ai plus que jamais besoin
de tes bras pour m'appuyer un peu
toi c'est la branche maigre
d'un arbre séculaire
au bois céleste
que tu as voulu devenir.
Quand as-tu réussi à pousser si haut ?
Enfermant tant d'années
dans une journée que j'appelle hier
je cherche sur mon front
la ligne tendre de ta caresse
au moment où une poire
apparaît dans l'assiette
coupée fin
pour ne pas se coincer
dans la petite gorge
et reproduire la panique
de l'asphyxie provisoire
et la tête en bas.


JADIS J'ÉTAIS UN FLEUVE

Notre chanson, chuchotais-tu
tu t'en souviens ?
Je ne me souviens de rien
depuis longtemps je suis
une eau dormante
né d'une cascade
qui coule sans mémoire sans cesse
qui coule sans cesse en abondance
et n'arrête pas
coupée de sa source
elle a incorporé toute la longueur de mon voyage
et la largeur de ce qui lui manque
tu cherches ma profondeur mais bientôt
je ne serai plus qu'un ruisseau peu profond
puis plus rien
qu'une longue trace desséchée
je ne peux que murmurer
la déshydratation toute proche.




DONNEUR D'ORGANES


Peau résistante aux canicules
ses brûlures absorbées
pour les cas graves
de ceux qui ont fondu
dans des soleils à combustion lente
à usage personnel seulement.
Poumons qui se prenaient
pour des branchies
puisque d'habitude
ils pompaient la mer.
Foie aguerri
aux beuveries excessives
de vers à forte teneur en alcool.
Cœur en parfait état
à contenance très suffisante
avec différence d'heure
entre ses deux parties
de peur que ceux d'aujourd'hui
ne rencontrent
ceux d'hier.